mercredi 27 août 2008

Chapitre 3 : Le Pays des Elfes

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Deux jours plus tard, qu’Ava avait passés à dormir, à se remettre des récents évènements, et surtout à réfléchir, la conclusion lui sembla évidente : elle devait s’entrainer à la magie et ensuite partir en Al’andis, chez les Elfes. Mais elle devrait être extrêmement prudente, car elle sentait que l’homme au manteau noir ne la lâcherait pas si facilement. Debout dans sa chambre, face à un vase en porcelaine qui devait coûter une petite fortune posé sur une table basse, elle pensa de toutes ses forces : lève-toi !
Le vase fut propulsé contre le plafond et explosa en mille morceaux.
- Oups ! fit-elle.
Son don, puissant aux dires du dragon, était surtout incontrôlable. Mais elle commençait à comprendre. Il ne fallait pas seulement penser l’action, il fallait aussi que son esprit dirige celle-ci. Elle dénicha dans un coin de sa chambre un long bâton de bois, qu’elle posa sur la table. Inspirant lentement, elle visualisa l’objet se soulevant doucement, et ordonna à nouveau : lève-toi !
Le bâton se mit à flotter tranquillement à 2 mètres du sol. La jeune humaine, avec une pression de son esprit, parvint à le redéposer sur la table.
- C’est génial, lança-t-elle à haute voix avec un sourire éclatant.
Quelques essais plus tard avec tous les objets qui lui passaient sous la main, Ava constata qu’elle faisait des progrès. Elle ne contrôlait toujours pas complètement son pouvoir. La preuve, la veille, en regardant le ciel par la fenêtre, elle se demandait à quoi il pourrait bien ressembler en bleu clair. Résultat, sous les cris effrayés et scandalisés des passants dans la rue, le ciel était passé du mauve à un bel azur. Elle s’empressa de penser à un ciel violet, et celui-ci reprit sa couleur d’origine. Elle s’émerveillait de ses capacités, mais avait toujours peur de réduire quelqu’un en bouillie sans le faire exprès. Elle se demandait aussi si elle avait eu conscience de son don avant son amnésie, et qui, à part Gherb, était au courant.
Une semaine après l’attaque sur la plaine rose, et n’ayant eut, son grand soulagement, aucun nouveau contact avec l’homme au manteau noir, Ava choisit de partir pour Al’andis.

La jeune humaine se plaça devant la fenêtre, observant pour la dernière fois le coucher de soleil sur le Dravhensir. Elle allait sans doute s’embarquer dans une aventure plus que périlleuse, mais tant que le psychopathe qui lui courait après ne tentait rien, tout devrait se passer correctement. Pour la première fois, elle s’ordonna mentalement une destination : je dois aller en Al’andis !
Tout disparut autour d’elle.

Les secondes, angoissantes, défilaient, puis sans prévenir, le brouillard de couleurs qui l’enveloppait se dissipa et elle atterrit à plat ventre dans des sous-bois. Se relevant prestement, elle détailla les alentours. Des buissons touffus d’un beau vert fluo qui émettaient une pâle lumière de la même couleur, de petites fleurs rouge sang sur la traditionnelle herbe rose qui pointait parfois entre les feuilles mortes couleur terre, et des arbres absolument immenses, le tronc bleu marine et les feuilles d’une blancheur immaculée. On ne distinguait pas le ciel. Des oiseaux multicolores piaillaient doucement, perchés sur les branches. Ava oublia prestement tous ses malheurs et marcha droit devant elle, pensant qu’elle finirait bien par trouver un village dans lequel se renseigner.
La jeune humaine avait perdu le sens du temps. Le paysage ne variait pas, avec ses éternels buissons, les mêmes cui-cui d’oiseaux la suivaient depuis probablement des heures. Un bruissement de feuilles se fit entendre, faisant sursauter Ava.
- Qui est là ?
Une silhouette tomba d’un arbre, atterrissant tout en douceur dans les fourrés. Un Elfe apparut à la vue de la jeune humaine, et celle-ci sursauta :
- Vous êtes l’Elfe qui parlait avec Gherb et les deux autres dragons après l’explosion !
Le bel Elfe eut un pauvre sourire en secouant ses longs cheveux argentés et dit d’une voix toute aussi merveilleuse que lui :
- En effet, c’est moi, même si je ne crois pas vous avoir jamais vu.
La jeune humaine, gênée, lui expliqua qu’elle était à la fenêtre lorsqu’il était arrivé sur la plaine rose, et comment elle avait tout entendu grâce à la magie. Elle lui avoua que l’explosion lui était destinée. Elle retint un cri de stupeur. Elle racontait tout ça à un parfait inconnu, qui pouvait tout à fait être l’homme mystérieux qui cherchait à l’éliminer !
- C’est donc à cause de toi que mon frère a perdu la vie ?
Alors la, le splendide Elfe venait de parler chinois. Son frère ? Soudain elle comprit :
- L’Elfe mort dans l’explosion, c’était votre frère ?
- Oui, lâcha-t-il dans un souffle.
Il baissa le visage, semblant tout à coup extrêmement triste, ce qui était tout à fait compréhensible. Il se retourna, puis déclara d’une voix faible :
- Mon nom est T’aden. Suis-moi, je vais te mener dans notre capitale. Tu marchais dans le sens opposé.
Ava rougit et trottina jusqu’à l’Elfe qui s’était déjà mis en route. Il marchait vite et regardait loin devant lui. Mais ses traits crispés témoignaient de sa douleur.
- Je suis désolé, murmura la jeune fille.
Il ne réagit pas. Peut-être ne l’avait-il pas entendu.

Plusieurs heures de marche plus tard, ils se retrouvèrent tout à coup en plein milieu d’une gigantesque ville. Après un sursaut, Ava regarda autour d’elle, nerveuse. Une seconde plus tôt, ils étaient dans une forêt dense, et soudain, ils se trouvaient apparemment au beau milieu de la capitale. T’aden lui fit signe de le suivre. Tout en marchant vers le palais royal, elle observa les lieux. Ils se trouvaient dans un marché, comme celui qu’elle avait vu en Dravhensir, mais il n’y avait ici que des Elfes qui commerçaient. Tous grands et sveltes, gracieux, les oreilles pointues, la majorité avaient les cheveux argentés, mais pas tous. La plupart des femmes, toutes aussi splendides que les hommes, avaient leur chevelure d’une couleur nuit profonde ou blond doré. Ils parlaient dans un idiome qu’elle ne parvenait pas à comprendre, mais qui lui semblait étrangement familier. Des souvenirs lui revenaient-ils enfin ?
Les Elfes avaient respecté la végétation environnante, et le sol était recouvert d’herbe et non de dalles comme en Dravhensir. Toutes leurs constructions étaient d’ailleurs en accord avec la nature.
Arrivés devant une imposante bâtisse à plusieurs étages, constituée de pierres et de végétaux. En effet, les arbres formaient l’armature du bâtiment, et les pierres constituaient les murs. L’Elfe lui fit à nouveau signe d’avancer, et l’entraîna vers une grande ouverture creusée dans le roc. L’intérieur était semblable à l’extérieur. Naturel, paisible, … Ils marchaient à présent sur un tapis de fleurs rouges, les mêmes que celles qui poussaient dans la forêt. Aucune fenêtre en revanche, mais les branches des arbres du mur étaient modulées de façon à laisser passer une lumière suffisante. T’aden, à côté de la jeune humaine, semblait de plus en plus nerveux. Ses traits fins, déjà crispés, étaient désormais tirés sur son beau visage. Ses yeux semblaient vides, et Ava se sentit furieusement coupable. Son frère était mort par sa faute, à cause d‘un homme qui voulait la tuer. Et elle ne savait même pas pour quelle raison. Elle voulut demander à nouveau son pardon, mais il la prit de vitesse :
- Excuses acceptées.
Comme il ne la regardait pas, il ne vit pas le splendide sourire qui illumina son visage durant quelques secondes. Ava était aux anges. Un problème de réglé, pensa-t-elle.
Après une dizaine de minutes de marche à travers le palais royal, ils arrivèrent enfin dans une immense salle, du genre qui aurait pu contenir une armée de soldats dragons et avoir encore de la place libre ensuite. Des cascades d’eau coulaient aux murs, d’énormes oiseaux multicolores picoraient au sol, dans le tapis de fleurs couleur sang. Il n’y avait pas de plafond, la lumière entrait donc dans la salle en raids lumineux et étincelaient en se reflétant dans l’eau. Tout ça était féérique. La pièce était déserte, excepté une femme assise sur une souche d’arbre au fond. Ava s’avança, sous le regard intéressé de T’aden. Lorsqu’elle fût devant la femme, elle s’inclina :
- Votre Majesté.
La Reine, car c’était bien la Reine qui se trouvait devant elle, eut un sourire éclatant.
- Relève-toi, jeune fille, et laisse-moi te regarder. Mon nom est Anya.
Ava obtempéra, et put elle aussi observer la Reine des Elfes. Une lourde cascade de cheveux d’une couleur de nuit profonde, des yeux d’un vert d’émeraude et des lèvres rouge vif tranchaient avec son visage d’une blancheur immaculée avec une intensité presque douloureuse. Elle était vêtue simplement, avec une tunique de soie bleue, maintenue par une ceinture en cuir à la taille. Elle se leva, et la jeune humaine put apprécier admirer sa grâce. Grande et mince, elle semblait très jeune, mais Ava savait que ce n’était qu’une illusion. La Reine prit la parole :
- J’ai appris que tu avais une amnésie. Espérons que ce soit simplement passager. Mais au cas où, je vais t’expliquer certaines choses, dont le contenu de notre dernière conversation. T’aden, viens ici s’il te plait.
Le bel Elfe, qui était resté en retrait, s’avança à côté de jeune fille. Qui semblait étonnement à l’aise face à la splendide Reine des Elfes. T’aden remarqua qu’elle était également très jolie, pour une humaine bien sûr. Il s’inclina devant sa Reine :
- Oui, Majesté ?
- Reste avec nous, tu comprendras ainsi mieux la mort de ton frère.
L’Elfe fut abasourdi. En quoi une conversation pourrait l’aider à comprendre ? Il savait déjà qui était responsable ! Cependant, un Elfe ne contestait jamais un ordre, et acquiesça :
- Bien, votre Majesté
La Reine les conduisit dans une salle adjacente, semblable à la précédente bien que plus petite. Tout trois prirent place sur des souches d’arbres. Ava remarqua que la Reine ne portait pas de chaussures. Celle-ci commença :
- Ava, nous nous sommes déjà rencontré, bien que tu n’en aies pas le souvenir. C’était il y a une quinzaine de jours humains. Je vais bientôt mourir, jeune fille, et je n’ai pas de descendance à qui confier Al‘andis. Du moins, pas à ma connaissance à ce moment là.
T’aden sursauta, mais Anya lui lança un regard noir et il ne dit rien. Ava, étrangement captivée par l’histoire de la Reine, murmura :
- Que s’est-il passé ?
Anya braqua son regard d’émeraude sur elle, et la jeune humaine sentit qu’elle pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert.
- J’ai retracé la généalogie d’Al’andis, et j’ai découvert une lointaine parente qui avait quitté le royaume lors de la Grande Bataille. De fil en aiguille, j’ai appris que cette Elfe avait épousé un humain. Ils sont décédés tout les deux, ainsi que leur fille, mais cette dernière a eu un enfant. Une petite fille du nom d’Ava.
Le cœur de la jolie humaine rata un battement. Ou même deux. Croyant à une coïncidence, elle chercha la vérité dans les yeux d’Anya. Celle-ci lui assena la vérité sans ménagement :
- Tu es ma dernière descendante et je te lègue mon royaume, Ava Mareva d’Al’andis !

Suite dans le Chapitre 4 : T'aden

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