Finalement arrivés devant le Palais, une dizaine de gardes armés jusqu’aux dents dissuadèrent Ava et T’aden d’aller plus loin sans autorisation. Le soleil commençait à se coucher, et le bel Elfe proposa judicieusement d’attendre le lendemain pour tenter de rencontrer les deux souverains. Mais où allaient-ils dormir ? Les Elfes n’étaient pas très appréciés par les Humains, et si T’aden savait se défendre, ce n’était pas le cas d’Ava. Celle-ci eut une idée :
- Pourquoi ne pas retourner dans le désert où nous avons atterri, lors de la première dématérialisation ? Tu pourrais en profiter pour m’apprendre à me battre.
- On ne fait pas d’une demoiselle une parfaite combattante en une seule nuit ! rit-il. Mais par contre, je peux commencer ton entraînement.
La jeune fille eut un sourire jusqu’aux oreilles. Qu’elle eut tôt fait de regretter. En effet, le bel Elfe se montra impitoyable. Si son apparence, sa vue et son ouïe étaient ceux d’une Elfe, elle n’avait pas leur endurance et leur force physique. En revanche, elle apprécia fortement quand T’aden plaqua le dos de celle-ci contre son torse pour la faire tirer à l’arc. Mon Dieu, qu’il était musclé !
Le soleil était couché depuis longtemps, Ava avait donc « pensé » un feu de camp qui les avait éclairés lors de son entrainement. Celle-ci, écroulée de fatigue, était allongée près du feu magique, T’aden à ses côtés. La jeune fille ne pouvait plus bouger d’un centimètre. Des muscles dont elle ne soupçonnait même pas l’existence lui faisaient un mal de tous les diables. Et ce devait être une des limites de la magie : elle ne parvenait pas à chasser la douleur. L’Elfe était peut-être splendide, mais il avait été intransigeant. Celui-ci se pencha sur le visage de sa nouvelle apprentie :
- Pas trop mal ?
- Je mentirais si je disais que non, maugréa-t-elle. Et je ne peux pas aller voir le Roi et la Reine dans cet état !
- A quoi t’attendais-tu ? lui reprocha-t-il, exaspéré.
- A tout, mais pas à ça !
L’Elfe secoua la tête, ses longs cheveux argentés se mouvant sur ses épaules musclées. Ava plongea avec délice son regard dans celui-de T’aden. Celui-ci sembla hésiter, puis approcha lentement ses lèvres de celles de la jeune fille. Elles se rencontrèrent et ils échangèrent un long baiser en plein désert, une grande lune dorée dans le ciel noir. Et cette fois-ci, aucun Dragon ne vint les déranger.
Le lendemain matin, Ava se leva brusquement … En oubliant qu’elle était courbaturée.
- Ouuuch ! fit-elle en se reposant au sol doucement.
T’aden, déjà réveillé, l’observait à quelques pas, un sourire aux lèvres :
- La rencontre avec le Roi et la Reine n’est pas pour aujourd’hui, on dirait. Tant mieux ! J’aime beaucoup ta compagnie.
- J’avais remarqué, murmura-t-elle, rougissant en repensant au baiser qu’ils avaient échangé la veille. Très doué pour embrasser, le bel Elfe. Il lui avait caché ce … talent.
De son côté, T’aden pensait à la même chose. Il s’était laissé emporter. Cette jeune fille était, qu’elle le veuille ou non, la future Reine d’Al’andis et pas sa petite amie ! La Reine Anya allait probablement le faire exécuter dès qu’il remettrait un pied dans le royaume elfique. Il soupira, puis se dit avec malice qu’il aurait bien tord de ne pas profiter un peu des avantages de ce voyage. Il se leva puis déclara en s’étirant :
- Veux-tu qu’on recommence ?
- Re… recommence ? bégaya la jeune fille au souvenir du baiser.
- Oui, recommencer l’entrainement, précisa l’Elfe avec un clin d’œil.
- Aaaaah ! s’exclama-t-elle en rougissant de plus belle. Si je parviens à me lever, pourquoi pas …
L’Elfe s’approcha pour la soutenir pendant qu’elle se mettait debout. Il avait une folle envie de protéger cette jeune fille, mais il ne se l’expliquait pas. L’entrainement continua, identique au précédent, mais T’aden évitait de trop solliciter les muscles courbaturés de son apprentie. Tiens, il avait finalement un cœur ! Ava en doutait sérieusement depuis la séance de la veille. Le rythme se l’entrainement se maintint jusqu’au soir. Ava lâcha un soupir de soulagement en s’asseyant :
- Ne me parle plus jamais de combat à main nues, parce que là, un bébé chaton saoul pourrait m’envoyer au tapis.
- N’exagère pas, tu t’es très bien débrouillée !
- Je n’ai pas pu m’approcher à moins d’un mètre de toi, je te rappelle.
L’Elfe abandonna et partit observer les environs. Ava, couchée sur le dos dans le sable, ferma les yeux et raviva le feu de camp qui s’éteignait. Très pratique, ce pouvoir. Soudain, elle sentit plus qu’elle n’entendit quelqu’un ou quelque chose arriver. T’aden n’était pas en vue et d’étranges ombres s’approchaient en rampant sur le sol. Elles se mouvaient rapidement, étaient une dizaine, mais ne semblaient pas menaçantes. La jeune fille changea immédiatement d’avis quand une des ombres lui sauta dessus, la clouant au sol. Elle se débattit pour se libérer mais la chose noire semblait impossible à déloger. Et l’homme en noir apparut. Bien qu’elle ne voyait pas son visage, Ava aurait juré qu’il riait. Il s’approcha d’elle et s’agenouilla pour se mettre à sa hauteur :
- J’ai mis un temps fou pour te retrouver, ma jolie.
Ma jolie ? Oh mon Dieu !
Ava tenta de métriser toute la répulsion que cet homme lui inspirait et lui déclara calmement :
- Puis-je savoir ce qu’est la chose sur mes genoux qui m’empêche de bouger ?
- C’est une Ombre.
Pas très original comme nom. Qui a dit que les méchants étaient toujours inventifs ? Ava était terrifiée, mais ne pouvait s’empêcher de faire de l’humour. Elle se retint de lancer la réplique qui la démangeait et préféra gagner du temps :
- Et vous, qui êtes-vous ?
- Le Maître des Ombres. Bien, si tu le permets, je vais donc te tuer.
- Non, je ne vous le permets pas du tout !
Le Maître des Ombres soupira :
- C’était une simple question de rhétorique, Ava. Je ne tiens pas compte de ton avis dans mes plans.
O.K., message reçu 5 sur 5, ne jamais tenter de résonner un psychopathe sous peine de vous prendre une leçon de grammaire dans la figure. Bon sang, où était son beau chevalier, T’aden en l’occurrence ?
- Ce serait dommage de te tuer immédiatement, après tout le mal que je me suis donné.
Bon, pas de chevalier, il faut vraiment tout faire soit même. Elle tenta de se dématérialiser. L’homme agita son index devant son nez :
- N’essaye même pas. L’Ombre qui t’emprisonne bloque tes dématérialisations.
Il bloquait les matérialisations ? Voyons s’il bloquait toute la magie … Oui ! Le feu venait de s’éteindre, et avec lui, la lumière environnante. Une ombre n’existe que grâce à la lumière, si on détruit sa source, on détruit également l’ombre. Le Maître des Ombres poussa un cri de rage en s’apercevant qu’Ava s’était relevée en maudissant ses muscles douloureux. Puis elle pensa de toutes ses forces : Je veux un noir complet ! Avec un peu de chance, cela bloquerait la lumière que l’homme en noir tentait d’invoquer. Cette joute de pensées dura une minute, peut-être deux, et Ava, le front en sueur devant l’effort que cela demandait, constata avec soulagement qu’il avait enfin disparu. Enfin un point positif : elle était plus puissante que lui !
Brusquement, elle s’écroula, ayant oubliée la douleur de ses muscles. Elle entendit des pas sur le sable, et se dit que si c’était le Maître des Ombres, sa dernière heure était arrivée. La tête lui tourna. Et elle sombra dans le noir complet.
Quand elle se réveilla, il faisait jour. Elle pensa que la mort n’était pas si douloureuse. Ses muscles étaient presque indolores et elle n’avait pas vu de long tunnel avec une lumière au bout. Elle compta jusqu’à trois et ouvrit les yeux. Le même ciel mauve que lorsqu’elle était vivante, et le soleil dardait ses rayons brulants sur son corps. Elle se redressa et réalisa soudain qu’elle était toujours dans le désert ! T’aden, en face d’elle, l’observait, les traits soucieux.
- Comment vas-tu ? questionna-t-il, inquiet.
- Je suis dans une forme éblouissante ! Pourquoi ne suis-je pas morte ?
- Morte ? On t’a attaqué ? C’est bien ce que je pensais ! J’étais parti voir un peu plus loin dans les dunes de sables et quand je suis revenu, je t’ai trouvée évanouie. Cela fait deux jours que tu ne donnais pas le moindre signe de vie.
Un terrible doute s’insinua dans son esprit. Et si T’aden était le Maître des Ombres ? Elle décida de le tester :
- C’est l’homme en noir qui m’a attaqué.
La réaction du jeune Elfe la rassura. Il se releva en sursaut, observa les alentours comme s’il craignait qu’il réapparaisse, puis se pencha pour la serrer dans ses bras. Longtemps. Il avait l’air sincèrement inquiet pour elle et devait s’en vouloir à mort de ne pas avoir été la au moment où elle aurait eu besoin de lui.
Toujours dans ses bras, elle lui décrit les Ombres, et lorsqu’elle lui expliqua comment elle s’en était débarrassée, un éclair d’admiration passa dans son regard. Il décida, pour la récompenser, de ne pas l’entrainer aujourd’hui. Ce qu’elle refusa promptement :
- S’il vient à l’attaque, je dois savoir me défendre. Il ne se laissera plus avoir la prochaine fois.
- Très bien. Mais ne force pas trop.
- C’est toi qui me dis ça ? sourit-elle. Mais il faudra partir demain pour Cerena, car le Maître des Ombres sait où nous nous trouvons.
Suite dans le Chapitre 7 : Le Nain
Bon voila, mon dernier petit chapitre, en route pour le 7.
Statistiques : 6 chapitres en 5 jours. Mais je vais devoir ralentir la cadence à la rentrée, désolée !
1 commentaire:
"Un bébé chaton"... habituellement, les chatons sont des bébés, non ?
lol sinon j'adoooore !! Je trouve que tu as le même humour que Sophie ;)
Dur dur l'entrainement !
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