Ava et T’aden se matérialisèrent dans la même rue de Cerena que la fois précédente. Mais le changement était spectaculaire. La rue était couverte d’immondices, et on ne peut plus déserte. Côte à côte, ils cheminèrent vers le Palais royal, et furent étonnés de ne voir aucun garde à l’entrée. Ils gravirent les marches de granit qui se trouvaient devant eux et tombèrent nez à nez avec un Nain particulièrement barbu.
- Par ma hache ! s’écria-t-il. Que faites-vous donc ici, sales Elfes ?
Ava, plus diplomate que T’aden, lui répondit :
- Nous cherchons le Roi Alân et la Reine Mariann, Sire.
- Sire, hein ? bougonna-t-il. Je t’aime bien, petite. Bon, suivez-moi, mais au moindre coup tordu, ma hache visitera vos entrailles !
La jeune fille n’en revenait pas. Il l’avait appelé « petite » et les menaçait ! Alors qu’il lui arrivait à peine à la hanche !
T’aden lui prit la main et la traina à la suite du Nain. Le Palais avait du être splendide. Mais aujourd’hui, on ne voyait que les décorations poussiéreuses, les fleurs fanées dans leurs vases et les murs de pierres mal entretenus. Leur guide les amena dans une salle aux dimensions moyennes, dans le même état que le reste de la ville. Au fond de la salle, il y avait deux trônes, dont un était occupé par une jolie femme. Tout trois s’avancèrent, s’inclinèrent, et Ava pu la détailler. Grande et mince, une crinière de cheveux blonds dorés nattés qui reposaient sur son épaule, de grands yeux chocolat pétillants d’intelligence, tout en elle resplendissait la douceur mais elle semblait exténuée. La Reine Mariann se leva et s’approcha du trio :
- Relevez-vous, les pria-t-elle. Sire Raval, merci d’avoir amené ces jeunes gens à moi.
- Tout le plaisir est pour moi, ma chère, assura le Nain.
Puis sur une dernière courbette, il quitta la salle d’un pas digne.
Une fois qu’il eut passé la porte, Mariann s’adressa aux deux Elfes, et à Ava en particulier :
- Vous m’êtes tous deux étrangers, mais j’ai pourtant l’impression de te connaître, jeune fille. Me tromperais-je en affirmant que tu es Ava Mareva, celle que la Reine des Elfes recherchait ?
- Non, Majesté, vous avez raison. Elle souhaitait faire de moi son héritière, ce que j’ai refusé. Elle m’a rendu ma vrai apparence, celle d’une Elfe métissé à une Humaine.
- Je comprends, murmura la Reine. Que puis-je faire pour vous, jeunes gens ? Je ne vous cache pas que nous vivons des temps difficiles.
Ce fût T’aden qui répondit :
- Ava a perdu la mémoire depuis près de trois semaines, et nous avons appris par Ma Reine qu’elle avait vécu dans votre royaume. Nous aurions aimé connaitre les éventuels détails que vous auriez pu savoir sur elle.
- Malheureusement, soupira-t-elle, je ne sais rien. Ava, je ne t’ai rencontré qu’une seule fois, lorsque la garde impériale elfique est venue te chercher, et je ne t’ai jamais parlé.
- Tant pis, dit-elle. Je n’avais pas tellement d’espoir de toute façon. Vous avez parlé de temps difficiles, de quoi s’agit-il, Majesté ?
- Nous sommes en guerre contre les Dragons ! Nous avons perdu d’avance, à moins que d’autres peuples se joignent à nous.
- Mais pourquoi avoir déclaré la guerre ? s’étonna T’aden.
- Ce sont les Dragons qui nous ont attaqués, précisa tristement la Reine. Aucun des peuples n’est satisfait des accords que les Dragons ont arrangés voici 1200 ans. L’exemple le plus flagrant est le nom de cette planète ; de quel droit s’appelle-t-elle « Dravhensir » ? Il n’y a pas que le sang des reptiles qui a coulé lors de Grande Bataille. Nos ancêtres ont accepté leurs modalités car ils souhaitaient à tout prix arrêter le massacre. Mais aujourd’hui, la colère commence à gronder chez tous les peuples. Les Dragons, pour nous faire taire, nous ont donc attaqués en traître et ont déclaré que c’était nous qui leur avions déclaré la guerre. Mon époux, le Roi Alân, est en ce moment avec nos généraux pour tenter d’apaiser le conflit. Mais nous n’avons guère d’espoir.
- Les Elfes vont surement vous suivre, Majesté, assura T’aden. Prenez contact avec Ma Reine, et je pense que vous obtiendrez son soutient.
- Déjà fait ! s’exclama-t-elle. Elle veut d’abord terminer sa succession avant d’indiquer son camp. Mais ne te laisse pas avoir, jeune fille, elle veut seulement te manipuler. Pardonnez-moi de parler aussi crûment de votre Reine, mais le temps n’est plus aux courbettes. Les Nains semblent être d’accord pour nous aider ; vous avez rencontré leur Roi, Sire Raval.
Leur guide était le Roi des Nains ?
Les deux Elfes prirent congé de la Reine, qui leur attribua des chambres dans le Palais. Dormir à la belle étoile était certes extrêmement romantique, mais Ava préférait tout de même un bon lit bien douillet.
T’aden, en revanche, semblait déçu. Lorsqu’Ava lui en demanda la raison, il s’exclama :
- Les Elfes aiment dormir dans les arbres en général !
- Eh bien excuse-moi, mais je ne suis pas totalement Elfe, donc un lit me suffira, lui dit-elle ironie.
Le soir même, chacun dans leur chambre respective, Ava se trouva égoïste. Elle ne voulait pas devenir Reine des Elfes et ainsi condamnait des milliers, voire des millions d’êtres. Les Dragons allaient les exterminer. Elle en arriva à la conclusion que le plus simple serait de rentrer en Al’andis. Mais elle devait avouer qu’elle adorait fichtrement beaucoup être seule avec T’aden !
De son côté, celui-ci, en bon Elfe, réfléchissait à toutes les possibilités dans la guerre qui était en train de se jouer. Ava pouvait sauver de nombreuses vies en prenant son statue d’Héritière, mais s’exposait aussi à toutes les manigances de la Reine Anya. Et sa vie serait en danger. Bon, sa vie était déjà en danger. Mais disons qu’elle le serait encore plus. Et il en était hors de question. T’aden eut un sursaut. Etais-ce ça, l’amour ? Non, impossible …. Et pourquoi est-ce qu’il fallait qu’il tombe amoureux de la nouvelle Héritière du royaume elfe ? Il décida d’aller s’aérer un peu. Il sortit dans le couloir et colla son oreille contre la porte de la chambre d’Ava. Sa respiration était lente mais régulière. Elle s’était sans doute endormie. Il descendit rapidement les deux étages qui le séparaient du rez-de-chaussée, tourna à l’angle du mur du palais et déboucha dans le parc. Il avisa un arbre qu’il entreprit d’escalader quand il entendit un bruit derrière lui. Vif comme l’éclair, il se retourna mais ne vit personne. Il pensa avoir rêvé quand une voix se fit entendre :
- Eh l’Elfe ! En bas !
T’aden se retourna à nouveau, baissa les yeux et vit Raval, le Roi Nain qu’ils avaient rencontré dans la journée. Le regardant droit dans les yeux, le Nain barbu lui lança un sourire sadique et demanda :
- Je sais que vous allez retourner dans votre forêt. J’ai raison ?
- Oui, pourquoi cette question ? oubliant que le Nain était un Roi, qu’il convenait de s’incliner et de le nommer « Majesté». Le Nain n’y prêta pas attention et reprit :
- C’est dangereux ?
- C’est possible, répondit-il.
- Alors je viens avec vous !
T’aden n’en revenait pas. Un Nain dans le royaume des Elfes ? Il y avait de quoi rire :
- Je crains que vous n’appréciiez pas notre humble forêt, … Majesté, se rappela à temps le bel Elfe.
- C’est vrai que les Nains et la verdure, ça fait deux, râla-t-il. Mais je veux voir votre Reine.
- Peut-être que …
- Non, je viens avec vous, n’essaye même pas la peine de discuter, coupa Raval.
Sur ce, le Nain poilu s’en alla, droit comme un piquet, vers le château royal.
T’aden, totalement abasourdi par ce qui venait de se passer, repartit lui aussi vers le palais, avec dans l’idée de discuter de tout ça avec Ava.
- Le Roi veut venir avec nous chez les Elfes? s’étonna la jeune fille, assise sur son lit, quand il lui eût rapporté sa conversation avec le Nain.
- Oui, et nous ne pouvons pas refuser, il est tout de même le Roi d’Amhan.
- Quand partons-nous ? demanda Ava.
- Je te propose de quitter ce royaume demain après-midi, au cas où la Reine Mariann voudrait te parler, mais c’est toi la chef, moi, je ne suis que le misérable Elfe qui te suit dans le moindre de tes déplacements, et …
L’oreiller qu’elle lui lança dans la figure l’empêcha de terminer sa tirade.
Ava et T’aden furent réveillés par des coups bruyants à la porte. Ava se dépêcha d’aller ouvrir, tandis que T’aden rougit à l’idée d’avoir dormi près de la jeune fille. Dans l’encadrement de la porte se trouvait Raval, l’air renfrogné, comme toujours :
- Bon, les Elfes, dépêchez-vous, je vous donne dix minutes pour vous préparer, ensuite on part pour votre forêt.
Sur ces mots très gracieux, il les laissa seuls.
Dix minutes plus tard, tous se retrouvèrent dans le parc. Le Nain était étonnement chargé. Deux haches pendaient de chaque côté de ses hanches, le rendant encore plus large qu’avant, un assortiment complet de couteaux était accroché à sa ceinture en cuir, on devinait encore d’autres armes cachées sous sa tunique bleue. Enfin, ses bottes pointues mi-ferraille mi-peau d’un animal non identifié étaient également très dangereuses. Mais le plus étrange, c’était qu’ils avaient l’impression que le Nain avait tenté de coiffer sa barbe.
Raval s’éclaircit la voix, ce qui produisit le bruit d’un moteur enrayé et déclara :
- Bon les Elfes, comment on fait pour aller voir la Reine en vitesse ?
Le Nain, bien que Roi, était tout ce qu’il y avait d’impoli. T’aden se fit une joie de le remettre à sa place :
- Premièrement, Majesté, vous pourriez avoir l’obligeance de nous appeler par nos prénoms, au lieu de votre « Elfe » coutumier. Ensuite, à défaut d’être poli avec moi, soyez-le au moins avec Ava, car c’est elle qui va nous ramener en Al’andis. Enfin, je dois vous prévenir que j’apprécie très moyennement de me faire insulter par un être trois fois plus petit que moi.
Ava regarda son ami avec un mélange d’admiration et de crainte dans le regard. Elle ne l’avait jamais entendu parler comme ça, et encore moins envers un Roi !
La tension qui régnait fut chassée par le Nain qui éclata d’un rire particulièrement bruyant :
- Ah ! J’ai vraiment cru que tous les Elfes étaient des froussards qui ne disent jamais ce qu’ils pensent vraiment. Il faut croire que je me suis trompé !
Ava n’en croyait pas ses yeux. C’était un simple test ? Elle décida de se calmer et changea de sujet :
- Où voulez vous vous matérialiser en Al’andis ?
- Matérialiser ? remarqua Raval, intéressé. N’aval me conviendrait très bien, Damoiselle.
Ava laissa son pouvoir affluer et ils disparurent tous trois en direction du royaume des Elfes.
Suite dans le Chapitre 8 :
2 commentaires:
Salut Ava ! Soit tu me connais déjà vu que j'ai laissé pleins de coms sur ton blogus, soit... et ben maintenant tu me connais ! Mon pseudo est Tessalya, mais appelle-moi Tess ! J'aurais 16 ans lundi (ouh punaise que je suis vieille!) et j'entre en première S. J'aimerais bien que tu passes sur mon blogus, pour qu'on discute !!!^^ Comme conseil, je n'en ai qu'un a te donner (celui qu'on me fait à moi aussi souvent quand je fais lire mes histoires !lol) TU VAS UN PEU TROP VITE ! Je sais que tu es une fan de Tara, alors rappelle-toi que l'histoire d'amour avec Robin démarre petit à petit. C'est juste un conseil comme ça, je n'ai pas la prétention de m'affirmer écrivain-qui-sait-tout-sur-tout !!^^ Mais tu peux me croire, car je passe mon temps (bon, ok, pas TOUT mon temps, car je fais autre chose, aussi, hein!) à décortiquer les romans que j'aime bien et qui ont du succès. Tu verrais ma bibliothèque, c'est plein de post-its et de surligneurs de partout !!!lol Enfin voilà. Continue, ton histoire est bien !!!!
Quelques conseils au fil de l'histoire ( des détails ): "Elle m’a rendu ma vrai apparence", je trouve que ça fait mieux avec "véritable apparence".
Au fait c'est Viu, ou chatonne, ou Jeannooo, enfin je sais pas ce que tu préfères xD
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