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Cette fois, le trio se matérialisa directement dans le hall du Palais elfique. T’aden les conduisit à la Reine, qui n’avait pas l’air d’une humeur particulièrement chaleureuse.
- Sire Raval ? questionna-t-elle d’un ton un quelque peu acide. Que me vaut l’honneur de votre présence ?
- Votre … Majesté, fit-il sur le même ton, je souhaite vous prévenir que mon peuple combattra au côté des Humains. Si vous ne vous rangez pas dans notre camp, vous subirez le même sort que les Dragons. A savoir les trippes à l’air.
Aïe, ça avait au moins le mérite d’être clair. Ava comprit que les deux souverains ne se portaient pas dans leur cœur. Quoi de plus normal entre un Nain et une Elfe ?
Anya répliqua calmement :
- Soyez certains qu’une solution sera trouvée dans les plus brefs délais.
Leur discussion devint plus aimable, et pendant plusieurs minutes, la Reine ne porta pas la moindre attention aux deux Elfes. Puis elle se tourna enfin vers eux, l’air fichtrement ennuyée :
- Vous pouvez nous laisser, je vous ferai convoquer plus tard.
T’aden, en bon Elfe, ne répliqua pas. Mais Ava retint de justesse la réplique cinglante qui lui mordait les lèvres, s’inclina brièvement et tourna les talons, suivit de son ami.
Martelant le sol de ses pieds, elle rageait intérieurement. Jamais elle ne deviendrait le jouet d’une telle femme ! Car c’était exactement ce qui se passerait si elle acceptait de lui succéder. De son côté, T’aden s’inquiétait pour la jeune fille. Elle était au centre de toutes les manigances. Puis il dit soudain :
- C’est pour ça que Maître Gherb ne voulait surtout pas que tu deviennes l’Héritière. Il sait que tu seras du côté des Humains.
- Oui, soupira-t-elle, mais tout ça me dépasse. Dis-moi, les Dragons sont-ils vraiment aussi forts que la Reine Mariann le pense ?
- Plus encore, affirma-t-il. Il y a 1200 ans, de nombreux enchanteurs existaient dans tous les peuples ; sauf chez les Dragons. Pour une raison inconnue, les gros reptiles ne pouvaient pas faire de magie ; ils se sont donc proposés pour former ceux qui possédaient un don. Mais les autres peuples ont pris cette offre pour une tentative de manipulation. Tu connais la suite. Ils se sont entretués jusqu’à ce que les plus sages de chaque race, qui ont donné leurs noms à leurs royaumes d’origine, arrêtent le massacre en faisant des compromis. Ainsi la guerre s’est terminée, et d’un commun accord, la planète a été nommée « Dravhensir » pour obtenir le pardon du grand Roi-Dragon de l’époque, qui a activement participé à l’apaisement du conflit, et les enchanteurs restant ont uni leurs forces pour jeter un sort empêchant les Dragons de mentir. Mais sache que même réunis et avec de nombreux enchanteurs dans leurs rangs, les autres peuples n’étaient pas certains de gagner contre les reptiles.
- Pourtant aujourd’hui, ils pensent à nouveau être manipulés, affirma Ava. Je n’ai pas été très longtemps en Dravhensir mais je n’ai pas particulièrement eu cette impression.
- Tu n’as eu à faire qu’à Maître Gherb, lui rappela T‘aden. Et comme l’a indiqué la Reine Mariann, les accords négociés à l’époque sont parfois flous et injustes. Par exemple, le commerce entre pays doit se faire par l’intermédiaire des Dragons.
Ava sentit pointer le bout du nez d’une monstrueuse migraine. Tout en se massant les tempes, elle se dit qu’elle échangeait volontiers sa place avec quelqu’un d’autre. En moins d’un mois, elle avait perdu la mémoire, découvert qu’elle était une enchanteresse et l’héritière du royaume le plus guerrier du Dravhensir, rencontré deux Reines et un Roi, failli se faire tuer trois fois, … mmh et embrassé un Elfe. Cela faisait beaucoup pour une seule personne. Même pour deux d’ailleurs.
Ils marchèrent longtemps sans échanger un mot et se retrouvèrent finalement dans à l’endroit où Gherb avait atterri la dernière fois et avait été confronté à la Reine. En plein jour, le lieu était très différent. Il ne paraissait plus mystérieux, mais au contraire plus sûr et paisible. Les grands arbres majestueux, leur cime bien au dessus de la tête du plus grand des Elfes, étiraient leurs longues branches bleutées vers le ciel. Les fleurs rouges dans le gazon rose donnaient l’impression d’un tapis moelleux. Pendant qu’Ava admirait le paysage, T’aden pensait stratégie. Les Elfes devaient s’allier aux Humains et aux Nains, bien qu’il n’appréciât pas du tout leur Roi. Et avec la puissance d’Ava de leur côté, ils avaient une chance. Mais fallait-il vraiment exterminer les Dragons ? Après tout, depuis les 1200 ans qu’ils les dirigeaient, la paix était présente.
De son côté, la Reine Anya en avait enfin terminé avec le Roi des Nains. Ecroulée sur son trône, la tête enfouie dans ses mains, elle se demandait ce qu’elle avait pu faire à la Déesse K’andrah pour avoir la moitié des dirigeants de peuples sur le dos. Elle avait promis de rejoindre le camp des Humains et des Nains. Ava ne voulait pas lui succéder. Et son fils … Ah si seulement elle avait pu mettre la main sur Eden, elle lui aurait fait passer l’envie de la contredire ! Elle s’affaissa encore un peu plus sur son trône, et on eut pour la première fois depuis des années l’impression de voir sa véritable apparence. Celle d’une vieille femme exténuée, voutée par les ans, qui devait satisfaire des tas de personnes autour d’elle et n’y parvenait pas. Elle allait mourir, et sa jeune descendante devait à tout prix …
Elle sentit qu’elle était observée et leva soudain la tête. Elle apperçut un jeune Elfe, tout sourire, appuyé contre le mur, à quelques mètres d’elle. Elle se leva brusquement, s’approcha de lui, comme si elle allait le serrer dans ses bras, mais se retint de justesse. Elle préféra lui hurler dessus :
- Eden ! Comment es-tu entré ? Où étais-tu passé ? Qu …
- Moi aussi Mère, je suis ravi de vois revoir, déclara le jeune Elfe, ironique.
La Reine ne se dérida pas.
- Je t’ai posé une question !
- Deux questions, Mère. Vous m’avez posé deux questions. Je suis entré par la porte comme tout le monde, mais vous étiez tellement perdu dans vos pensées qu’un troupeau de Dragons n’aurait pas attiré votre attention. Ensuite, j’ai voyagé dans presque tous les pays. C’est fou la rancœur que les gens peuvent refouler en eux. Les Dragons en sont la principale cause. A moi de vous poser une question, Mère. Allez-vous participer à cette guerre ?
- J’ai dit au Roi des Nains que oui.
- Alors tout est dit, murmura le jeune Prince en repartant vers la porte qu’il prit le soin de bien faire claquer en la fermant. Il connaissait suffisamment sa mère pour savoir qu'elle ne tiendrait pas sa promesse.
Anya, elle, s’effondra par terre, retenant avec peine ses larmes. Elle fit convoquer Ava et l’autre Elfe qui la suivait comme son ombre, T’aden.
Les deux jeunes gens, le dos appuyé contre un des magnifiques arbres de la forêt, discutaient de tout et de rien lorsqu’Ava posa brusquement une question qui la tracassait depuis longtemps :
- Que sont ces Ombres que l’homme en noir contrôle ?
- Les Ombres sont en quelque sorte des fantômes, les manifestations des morts dans le monde des vivants. Si tu veux en savoir plus, il faudrait aller voir Khir.
- Khir ? Qui est-ce ?
- Une demi-Elfe, demi -Fée, répondit T’aden, une historienne, ajouta-t-il immédiatement en voyant le regard de reproche que lui jeta Ava. Elle est passionnée par tout ce qui n’est pas … normal, en quelque sorte. Nous pouvons aller la voir maintenant si tu le souhaites.
La jeune fille hocha négligemment la tête, un curieux sourire aux lèvres, le fixant yeux de couleur violet bleuté, au moment où une petite Elfe, âgée d’apparemment une dizaine d’année, surgit des fourrés. Ava et T’aden se levèrent prestement et la petite Elfe les prévint d’une voix fluette que la Reine les attendait. Puis elle repartit comme elle était venue avant qu’ils n’aient eu le temps d’esquisser un geste. Ils se dirigèrent en silence vers le palais, remettant la visite chez Khir pour plus tard.
La Reine s’était ressaisie, et attendait debout, bien raide, ses deux jeunes invités. Elle fit un sourire bienveillant quand ils arrivèrent, et leur demanda de raconter leur voyage dans le royaume Humain. Ava soupira avant d’obtempérer. Elle qui attendait des explications était déçue. Elle décida tout de même de tenter sa chance :
- Les Elfes participeront-ils à la guerre qui se prépare ?
- J’ai répondu au Roi des Nains que oui, dit-elle sèchement.
Ava saisit la nuance : elle n’avait pas du « oui, les Elfes participeront » mais qu’elle avait promis aux Nains. Et une promesse ne vaut pas grand-chose pour la Reine des Elfes.
Plus tard, alors que les deux amis se réunissaient dans le parc royal, Raval les aborda :
- Que comptez-vous faire maintenant ?
- Aucune idée, lui répondit Ava. Vous avez quelque chose à nous proposer, Majesté ?
- Vous pourriez venir motiver mes troupes, à Amhan.
Les Nains détestaient demander des services, mais dit comme ça, on pouvait le prendre pour une simple proposition « anti-ennui ».
La jeune fille pivota vers T’aden pour lui demander son avis, et celui-ci hocha la tête.
- Quand partons-nous ? s’informa-t-elle.
- Demain matin, j’ai encore des affaires à régler maintenant.
Sur ce, le Roi des Nains, bien raide pour tenter de gagner quelques centimètres en hauteur, tourna les talons, ses chaussures ferrées faisant du bruit à chacun de ses pas. Ava expira calmement, puis saisit la main du bel Elfe. Pas d’explosion, pas de Dragon volant au dessus d’eux, rien de tout ça, seulement T’aden qui lui faisait son sourire ravageur. Il était vraiment craquant. Craquant ? Un Elfe qui peut vous envoyer au tapis les yeux bandés et les mains attachées dans le dos est tout sauf … craquant ! Ils déambulèrent longtemps après le coucher du soleil dans les rues sinueuses de la ville, main dans la main.
Suite dans le Chapitre 9 : La cité des Nains
3 commentaires:
J'ai hâte de voir le chapitre 9 !!
Viu ;)
Le chap 8 pourrait s'appellée Eden (le fils de la reine)
mon blogus:miss-vanille
miss-ana
"A savoir les trippes à l’air..."
J'ai failli mourir de rire!
Wilka
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